Les communautés des minorités visibles et ethnoculturelles francophones au
Canada
Vancouver
– Novembre 2005
Milton Tanaka
Avant-propos
- Ce court document a
pour but de fournir aux communautés des minorités visibles et
ethnoculturelles francophones du Canada des thèmes de discussion afin de
définir leurs besoins présents et développer des stratégies futures
pour permettre leur épanouissement et leur contribution aux sociétés
d’accueil. Il ne constitue pas une analyse extensive et approfondie des
défis et enjeux auxquels font face les communautés qui y sont décrites.
Pour la rédaction de ce document, nous avons utilisé la
définition de « minorité visible » selon la Loi sur l’équité
en matière d’emploi et adoptée par Statistique Canada soit : « les personnes, autres que les Autochtones,
qui ne sont pas de race blanche ou qui n'ont pas la peau blanche. La
population des minorités visibles comprend les groupes suivants :
Chinois, Sud-Asiatique, Noir, Philippin, Latino-Américain, Asiatique du
Sud-Est, Arabe, Asiatique occidental, Japonais, Coréen et les habitants des
îles du Pacifique. »
Selon
cette définition, par exemple, un Brésilien ou un Arménien de race blanche
immigrant au Canada font partie des groupes ethnoculturels et non des groupes
des minorités visibles.
- Le terme
ethnoculturel ou origine
ethnique,
tel qu’il est défini par Statistique Canada et utilisé par Patrimoine
canadien, fait référence aux groupes ethniques ou culturels
d’appartenance par la race, la langue ou la religion à la naissance.
L’origine ethnoculturelle est liée aux racines ancestrales ou aux antécédents
et ne doit pas être confondue avec la définition de minorité visible ou
de citoyenneté. La définition du terme ethnoculture englobe celle des
minorités visibles. Par exemple, selon cette définition, les Canadiens
d’origine chinoise appartiennent aux groupes des minorités visibles
ainsi qu’aux groupes ethnoculturels du Canada. Les Canadiens d’origine
grecque appartiennent à un groupe ethnoculturel mais non à un groupe de
minorités visibles.
- En ayant comme but
d’identifier les communautés des minorités visibles francophones au
Canada, les obstacles d’intégration qui s’imposent à ces communautés
semblant être beaucoup plus nombreux; nous avons retenu une seule
ethnoculture de l’Europe de l’Est, les Roumains, à titre de référence.
L’immigration francophone de l’Europe de l’Ouest se fait depuis
longtemps; elle est historiquement établie au Canada et pourrait devenir
objet d’étude à une autre occasion.
- Afin d’identifier
les communautés des minorités
visibles et ethnoculturelles francophones au Canada, nous avons utilisé le concept de PLOP
(première langue officielle parlée) jumelé à celui d’origine
ethnique. La définition de « francophone » selon Statistique
Canada étant « une personne qui a le français comme langue
maternelle »
exclut une partie considérable de la population du Canada qui utilise le
français de façon quotidienne.
Nota 2
Les termes de genre masculin utilisés pour désigner des personnes et des
groupes englobent les femmes et les hommes.
Méthodologie
·
Les informations statistiques pour
les groupes des minorités visibles francophones et ethnoculturelles ainsi que
leurs agglomérations géographiques ont été colligées à partir des données
disponibles dans le recensement 2001 de Statistique Canada,
dans le volet « Origine ethnique » et sur le site Web du MICC –
Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles du Québec.
·
En ayant comme but d’identifier les minorités visibles et
ethnoculturelles francophones, nous avons associé les statistiques
d’origine ethnique à la francophonie des pays d’origine, donc des pays où
le français est soit la langue officielle, soit une des langues officielles
ou une langue courante d’utilisation.
·
Cette méthode a été adoptée étant donné que les
informations de Statistique Canada disponibles pour « langue parlée à
la maison » et « langue parlée au travail », etc. n’étaient
pas assez détaillées pour déterminer la francophonie des communautés
visées par cette étude. D’où l’application du concept de PLOP (première
langue officielle parlée).
·
Nous reconnaissons que cette approche est relative dans la
mesure où il serait imprudent de généraliser que la totalité des
immigrants originaires de pays faisant partie de la francophonie sont
implicitement des francophones. Dans le cas du Vietnam, par exemple, on
constate que les premières vagues de réfugiés politiques et d’immigrants,
ayant un haut niveau d’éducation, étaient francophones. Les vagues subséquentes
d’immigration, de nature économique, ont amené une partie de
ressortissants qui ne connaissaient pas le français.
- En ce qui concerne les groupes des minorités visibles et ethnoculturelles recensées, plusieurs groupes d’origine africaine noire francophone comme le
Djibouti, le Burkina Faso, le Tchad, etc., ne font pas partie des données
disponibles à Statistique Canada. Cette étude n’a pas trouvé
d’autres moyens d’identifier et de mesurer ces communautés et nous ne
les avons pas incluses dans notre recherche.
- Ce document s’est concentré sur les minorités
visibles francophones appartenant à quatre groupes distincts : les
Noirs originaires des Antilles francophones, les Noirs originaires de
l’Afrique francophone, les Arabes originaires du Liban et du Maghreb et
les Indochinois francophones. Les personnes d’origine roumaine, un
groupe ethnoculturel minoritaire de race blanche, ont été incluses dans
cette étude à titre de référence.
Le besoin d’une nouvelle définition du terme « francophone »
- Statistique Canada, les gouvernements fédéraux
et provinciaux déterminent qu’un immigrant est francophone, anglophone
ou allophone selon sa langue maternelle. Cela est problématique,
particulièrement dans le cas de la francophonie, car une grande partie
des nouveaux arrivants au pays qui ont comme langue maternelle le créole,
l’arabe, l’afar, le baoulé, etc., mais qui ont fait des études en
français, travaillent et vivent en français. Cette définition
limitrophe de la francophonie (cette réflexion s’applique aussi
dans une moins grande mesure à la définition d’anglophone) fait tabula
rasa des questions linguistiques et ethnoculturelles complexes,
intrinsèques aux mouvements d’immigration contemporains et mondiaux.
- Le concept de première langue officielle parlée
(PLOP),
utilisé dans quelques documents récents du gouvernement fédéral
canadien est plus complet et statistiquement valable parce qu’il englobe
la connaissance des langues officielles, la langue maternelle et la langue
parlée à la maison.
- Pour obtenir des données objectives sur la
francophonie des groupes de minorités visibles et ethnoculturelles au
Canada, on devrait, idéalement, recenser statistiquement les langues parlées
par les immigrants en les reliant à leurs origines ethnoculturelles. De
telles initiatives sembleraient entraîner des coûts supplémentaires si
nous lisons le texte suivant, disponible sur le site Web de Statistique
Canada.
- « Les variables linguistiques principales
(utilisées le plus souvent pour le classement d'une population selon les
capacités linguistiques) sont : la langue maternelle, la langue parlée
à la maison et la connaissance des langues officielles (et non
officielles). Pour ce qui est des études portant sur les langues, il est
préférable de recueillir des données pour ces trois variables, mais
certaines contraintes s'imposent, telles que le coût ou le fardeau de réponse
et, en raison de celles-ci, il est peut-être nécessaire de limiter la
collecte à une variable. Dans de tels cas, il est préférable d'utiliser
la variable langue maternelle.»
- Pourtant, des justifications de coût et du fardeau de réponse
risquent de cacher la réalité des évolutions linguistiques au Canada
ainsi que les possibilités de mesurer le capital humain et linguistique
apporté par l’immigration. Comme l’a précisé Carsten Quell dans L’immigration
et les langues officielles,
« le nombre de francophones provenant de pays d’Afrique et des
Caraïbes serait largement sous-estimé si on ne tenait compte que de la
langue maternelle des immigrants. Par exemple, au Maroc, en Algérie et en
Haïti, très peu de gens ont le français comme langue maternelle, mais
un grand nombre connaissent le français, voire les deux langues
officielles ».
- La définition actuelle de « francophone » utilisée par la
majorité des organismes gouvernementaux au Canada ne nous permet pas de
mesurer les importants changements linguistiques du pays. Ce qui n’est
pas mesuré ne peut être connu et ce qui n’est pas connu risque d’être
écarté de la société avant même que cette richesse ethnolinguistique
puisse pleinement contribuer à la fructification du capital humain apportée
par l’immigration aux sociétés d’accueil canadiennes.
Évolution des réalités démographiques
francophones – le Canada et le Québec
- Pendant des siècles, l'Europe a été la
principale source d'immigrants francophones au pays. Néanmoins, à partir
des années 1990, la majorité des immigrants francophones qui sont arrivés
au Canada n'était pas d'origine européenne et ceux-ci, à un taux de 75 %
appartenaient à des groupes de minorités visibles. Malgré ces chiffres, on constate que les communautés francophones minoritaires du Canada et même du Québec,
avec leurs politiques indépendantes de recrutement d’immigrants
francophones, attirent à peine des immigrations francophones
proportionnelles à leurs poids démographiques.
Faits
saillants sur l’immigration francophone au Canada (hors Québec)
- Selon les statistiques de 1996, les personnes nées à l'étranger
représentaient moins de 5 % de la composition des communautés
francophones minoritaires à l'extérieur de la province de Québec et
cela malgré
le besoin criant d'immigrants pour que ces communautés minoritaires
vieillissantes (Acadiens, Franco-Manitobains),
ne perdent leur vitalité démographique et économique.
- Les immigrants issus de groupes des minorités visibles et
ethnoculturelles francophones s'installent
surtout dans les grands centres urbains du Canada. Cette tendance est
identique à toutes les autres tendances d’immigration, anglophones et
allophones confondues.
- L'Ontario, grâce à la taille de son économie, a connu une croissance
exponentielle des populations des minorités visibles et ethnoculturelles
francophones, surtout en provenance de l'immigration. Ces immigrants
des minorités visibles et ethnoculturelles francophones sont exposés à
des difficultés doubles s'ils ne savent pas communiquer en anglais. L'Ontario
accueille le plus grand nombre d'immigrants francophones après le Québec
et cela, surtout dans la RMR
(Région métropolitaine de recensement) de Toronto.
- La Colombie-Britannique (RMR de Vancouver) est la
deuxième destination de choix d’immigrants francophones et l’Alberta
(RMR de Calgary et d’Edmonton) compte pour la troisième plus grande
communauté d'immigrants francophones à l'extérieur du Québec.
- Selon les statistiques de 1996, le Nouveau-Brunswick est la province
qui présente l’écart le plus profond entre la proportion de
francophones habitant cette province (35 %) et le pourcentage
d'immigrants francophones qui y habitent (1,2 %).
- Au Canada, en excluant
le Québec, 98 % des immigrants francophones sont aussi capables de
parler l'anglais. Un faible pourcentage des immigrants qui se sont établis
à l’extérieur du Québec continue de parler uniquement le français.
- Presque
50 % des immigrants francophones qui s'installent hors du Québec
adoptent l'anglais comme langue d'usage quotidienne, un phénomène appelé
transfert linguistique. Une des explications possibles serait que de
nombreux immigrants, relativement au manque de structures d’accueil et
de services en langue française, se dirigent vers des services et
institutions de langue anglaise.
Nombre total d’immigrants francophones s’installant
hors Québec
1999-2001
(comprend des immigrants parlant le français et l’anglais)
|
|
Nouveaux
arrivants au Canada (hors Québec)
|
Nouveaux
arrivants francophones au Canada (hors Québec)
|
|
1999
|
161 000
|
3 220 (2,0 %
|
|
2000
|
195 000
|
5 570 (2,9 %)
|
|
2001
|
214 000
|
6 722 (3,1 ,1%)
|
http://www.ocol-clo.gc.ca/archives/sst_es/2002/obstacle/obstacle_f.htm
Faits
saillants sur l’immigration francophone au Québec
- L’adoption par le gouvernement québécois
de la Charte de la langue française, ou
Loi 101, en 1977, renforce l’utilisation du français
comme langue officielle de la province et dirige les enfants des
immigrants vers les écoles et institutions francophones.
- Le Québec a vu une augmentation progressive du nombre
d’immigrants francophones dans la province grâce à ses politiques
propres de recrutement à l’étranger,
négociées avec le
gouvernement fédéral et ratifiées par des accords successifs de 1971 et
de 1978. En 1988, le Québec obtient le transfert des responsabilités et de
fonds par le gouvernement fédéral pour gérer ses propres programmes
d’accueil et d’établissement d’immigrants. Entre 1961 et
1970, le Québec a accueilli 76 % des immigrants francophones au
Canada. Cette part est montée à 85 % entre 1991 et 1996.
- Les minorités visibles et
ethnoculturelles francophones du Québec ne sont pas constituées
seulement d’immigrants provenant de pays francophones mais aussi de
descendants de toute immigration qui fréquentent ou qui ont fréquenté
les écoles francophones au Québec. Cette descendance des premières
vagues d’immigration, les enfants de la Loi 101, prouvent que
cette mesure légale a contribué à la réussite de la
francophonie, toutes origines confondues, dans la province.
- Le Québec est la province qui accueille le plus grand nombre
d’immigrants francophones au Canada; ces personnes s’installent
surtout dans la RMR de Montréal.
De 1968 à 1989, 180 000 immigrants francophones, ou 35 % du nombre
total de nouveaux immigrants au Canada, s’installent dans la province.
Entre 1990 et 1999, 130 000 immigrants francophones, soit 37 % du
total de l’immigration francophone, s’établissent au Québec. Entre
1996 et 1999, 70 % de tous les immigrants francophones au Canada se
sont dirigés vers le Québec.
·
Le nombre d'immigrants au Canada qui
ne connaissent que le français a progressé de façon continuelle entre 1961
et 1996, une augmentation de 3 % à 5 %. Cela est largement
attribuable aux initiatives indépendantes de recrutement d’immigrants
francophones déployées par le gouvernement du Québec.
Nombre total d’immigrants francophones s’installant
au Québec
1999-2001
(comprend
des immigrants parlant le français et l’anglais)
|
|
Nombre
total de nouveaux arrivants
au Québec
|
Nombre
de nouveaux arrivants francophones au Québec
|
|
1999
|
29 100
|
12 500
(43 %)
|
|
2000
|
32 500
|
14 700 (45 %)
|
|
2001
|
37 600
|
17 600 (47 %)
|
Source : MICC — Ministère de l’Immigration
et des Communautés culturelles du Québec
http://www.micc.gouv.qc.ca/publications/pdf/Plan_immigration_2003.pdf
Les
minorités visibles et ethnoculturelles francophones dans les communautés
francophones minoritaires au Canada (hors Québec)
- Les minorités visibles et ethnoculturelles francophones
nouvellement arrivées dans les communautés francophones minoritaires au
Canada se trouvent en situation de minorité dans une minorité. En 1994, la sociolinguiste Monica Heller indiquait déjà la
difficulté d’intégrer des minorités visibles et ethnoculturelles
francophones au sein des minorités francophones hors Québec, surtout
dans l’accès aux institutions. Les recherches de Heller décrivent
les enjeux impliqués dans le partage des services et de façon plus
critique, dans le système scolaire.
- Dans Linguistic Minorities and
Modernity, Monica Heller démontre
aussi l’importance des écoles francophones hors Québec comme carrefour
par excellence de l’équilibre du pouvoir entre les différents groupes
francophones en situation minoritaire. Dans le cas spécifique d’une école
francophone de Toronto, l’enseignement de la langue française constitue
un instrument d’unification et de réaction contre l’assimilation au
groupe anglais, mais aussi un outil subliminaire de stratification des
minorités dans des minorités.
- À cette école francophone de Toronto, un microcosme reflétant la
diversité de la francophonie contemporaine, le français vernaculaire de
quelques immigrants francophones africains et, fait ironique, de quelques
Québécois de « souche », est fortement découragé en faveur
d’un français « international ». Nous constatons ici des mécanismes
de stratification sociolinguistiques qui mènent à la création d’une
élite minoritaire francophone au sein d’une minorité.
- L’accès aux services d’éducation publique par des minorités visibles et ethnoculturelles francophones dans les communautés francophones en situation
minoritaire est un thermomètre du succès ou de l’échec des relations
entre ces communautés d’accueil et les nouveaux visages de la diversité
francophone au Canada. Les difficultés sont aussi accrues étant donné que
les communautés d’accueil et d’arrivants, souvent en manque de
communication, éprouvent des processus différents de redéfinitions de
leurs priorités et de leurs communautés elles-mêmes.
·
Entre autres, le concept de deux
peuples fondateurs semble être une entrave à l’ouverture et à l’intégration
des minorités visibles et ethnoculturelles francophones dans les communautés
francophones en situation minoritaire. Certains segments des francophones de
« souche », qui associent automatiquement la langue française et
l’origine ethnique pour justifier leurs revendications par rapport à la
majorité anglophone, peuvent faire preuve de résistance face aux changements
ethnoculturels et linguistiques apportés par les nouvelles tendances de
l’immigration.
Quelques
difficultés auxquelles font face les minorités visibles et ethnoculturelles
francophones au Canada et au Québec
- De prime abord, les informations statistiques et
qualitatives sur les minorités visibles et ethnoculturelles francophones
au Canada sont manquantes. Les besoins en services sociaux et en éducation
ne peuvent pas être estimés ni planifiés si ces groupes ne sont pas
mesurés par les institutions fédérales et provinciales canadiennes. Un
vaste repérage statistique et qualitatif à l’échelle nationale s’avère
nécessaire.
- Les minorités visibles et ethnoculturelles
francophones hors Québec (et au Québec dans le secteur des hautes
technologies) doivent aussi maîtriser l’anglais sans lequel ils seront
incapables de se trouver un emploi.
- La structure et la
capacité d’institutions destinées à l’accueil des immigrants
francophones hors Québec semble être déficitaire.
Cela nuit à l’épanouissement et à l’engagement de ces groupes vers
leurs sociétés d’accueil. Plus grave encore, cela entraîne des pertes
de capital humain considérables vu que l’immigration n’a pas
seulement comme but de contrer la décroissance démographique, mais aussi
d’investir sur le renouvellement des ressources humaines et le capital
intellectuel du pays.
- Une problématique qui s’applique de façon
généralisée à toute immigration au Canada et au Québec : les
diplômes, les expériences et les compétences acquises par certaines
personnes d’origine ethnoculturelle ne sont pas reconnus ici. Les
entreprises et institutions canadiennes et québécoises demandent souvent
une « expérience de travail au Canada », ce qui crée un
cercle vicieux d’entraves aux nouveaux arrivants pour l’admission au
marché du travail. Il est plus qu’évident que des immigrants ne
peuvent pas posséder des expériences antérieures de travail au Canada,
surtout ceux d’arrivée récente. L’exigence « expérience de
travail canadienne » fait en réalité partie des barrières
raciales et systémiques qui empêchent l’intégration des immigrants,
surtout ceux qui appartiennent à des groupes de minorités visibles, à
leur société d’accueil.
- Au Canada et au Québec, plusieurs immigrants qualifiés, toutes
origines ethnoculturelles confondues, sont obligés d’accepter des
postes de travail moins rémunérés pour lesquels ils sont surqualifiés.
Cette situation augmente leur frustration et anéantit leurs intentions
d’appartenance et de contribution à leur société d’accueil.
- Même les
recherches les plus approfondies dans le domaine semblent ignorer le
fait que ce ne sont pas uniquement des francophones en situation
minoritaire au Canada qui associent leur langue à leur héritage
ethnoculturel. Les communautés ethnoculturelles francophones issues de
l’immigration possèdent aussi une identité linguistique associée à
la langue française, même si le français n’est pas leur langue
maternelle. Dans le cas des Noirs originaires de l’Afrique francophone
et des Haïtiens, par exemple, la langue française est une composante
historique de leur identité ethnolinguistique.
- Des
conclusions telles que « Recourir au budget des langues officielles pour promouvoir l’identité
ethnique est donc difficile à justifier. »
pourraient être basées sur un raisonnement traditionnel et dualiste,
fondé sur le concept monolithique des deux peuples fondateurs du Canada.
Il ne s’agit pas de promouvoir l’identité ethnique, le programme de
Multiculturalisme existe pour cela, mais d’encourager l’épanouissement
des communautés ethnoculturelles francophones avec de l’aide directe à
la création et à l’utilisation des services fondamentaux comme l’éducation,
les centres d’accueil, l’intégration et le suivi de l’immigration
francophone au Canada.
Bref
aperçu des communautés
(Nota : Nous avons considéré des données
fournies par Statistique Canada pour la distribution des communautés dans les
provinces et les RMR où elles ont tendance à se concentrer. Par conséquent,
nous n’avons pas colligé des informations pour l’Île du Prince Édouard,
le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut).
Les communautés originaires des
Antilles francophones
- Les communautés antillaises francophones du Canada sont
originaires d'Haïti et de la Martinique. En ce qui concerne les nombres,
l’immigration haïtienne est la plus importante au Canada avec 82 405
personnes recensées en 2001. Les
Martiniquais d’origine comptaient pour 605 personnes dans ce même
recensement. Cette population était peu considérable avant les années
60 en raison des clauses discriminatoires de la Loi sur
l'immigration du Canada qui interdisait l’immigration non européenne
et non blanche.
- Les régimes dictatoriaux successifs et corrompus en Haïti de
« Papa Doc » Duvalier de 1957 à 1971, et de « Baby
Doc » Duvalier de 1971 à 1986, ont créé des vagues
d’immigration au Canada, surtout dans la province de Québec, en
raison de la langue française. Cette destination de choix des immigrants
haïtiens atteint, entre 1973 et 1996, 94 % du total d’immigrants
au Canada. Les premiers immigrants haïtiens, arrivés entre 1960 et 1970,
appartenaient pour la plupart à l'élite haïtienne. L’immigration ayant comme but le regroupement
familial a augmenté considérablement de 1972 à 1991, pour se stabiliser
à la fin des années 90. Pour l’ensemble de la communauté haïtienne
au Canada, environ 40 % sont nés ici et 60 % à l’extérieur
du pays. En ce qui concerne la religion, 60 % professent le
catholicisme et quelque 30 % sont d’affiliation protestante.
Répartition géographique
Origines antillaises
|
Canada
|
Terre- Neuve et Labrador
|
Nouvelle-Écosse |
Nouveau- Brunswick
|
Québec
|
Ontario
|
Manitoba
|
Saskatchewan
|
Alberta
|
Colombie-Britannique
|
|
Haïti
|
82 405
|
10
|
85
|
130
|
74 465
|
6 530
|
105
|
40
|
460
|
575
|
|
Martinique
|
605
|
0
|
0
|
10
|
515
|
60
|
0
|
10
|
0
|
10
|
Source :
Statistique Canada, recensement de 2001, total des réponses uniques et
multiples
o
La majorité de la communauté
d’origine haïtienne, soit 74 465 personnes, s’est établie dans la
province de Québec, et s’est concentrée sur la RMR de Montréal qui
comptait 69 940 personnes de cette origine au recensement de 2001. Dans la
province d’Ontario, 6 530 personnes se sont déclarées d’origine haïtienne,
surtout dans la RMR de Toronto.
- La ville de Montréal au Québec est
aussi la métropole de choix des 515 Martiniquais d’origine qui y sont
installés, soit 85 % de la communauté des 605 personnes au Canada,
selon le recensement de 2001.
Principaux enjeux
- Malgré les contributions indéniables
de la communauté haïtienne à ses sociétés d’accueil, les
proportions de personnes d’origine haïtienne vivant sous le seuil de
pauvreté semblaient être une des plus élevées au Canada en 2001.
« Selon les chiffres de Statistique Canada et de la ville de Montréal,
les deux arrondissements de la ville comptant le plus grand nombre de
personnes vivant avec le plus faible revenu sont ceux habités
majoritairement par des personnes d’origine haïtienne. » Malgré les succès des membres originaires de ces communautés
dans les arts, la littérature, les sciences et la politique, c’est
parmi ces communautés qu’on retrouve les personnes les plus pauvres de
la société canadienne.
Les
communautés originaires de l’Afrique francophone
- Comme ce fut le cas pour les populations
d’origine noire antillaise, les populations d’origine noire africaine
n'étaient pas considérables au Canada avant les années 60, en raison
des clauses discriminatoires de la Loi sur l'immigration de l’époque.
Cette loi soutenait des politiques de sélection raciale et
encourageait une immigration sélective blanche et européenne. La présence
noire au Canada est pourtant ancienne : entre 1783 et 1785, presque 3
000 loyalistes noirs américains qui avaient fui l’esclavage aux États-Unis
se sont établis en Nouvelle-Écosse.
Leurs descendants habitent encore cette province.
- La majorité de l’immigration de
l’Afrique noire au Canada provient d’anciennes colonies anglaises. «
L'Afrique du Sud, avec son régime d'apartheid socialement oppressif,
aujourd'hui aboli, a été la principale source d'immigrants au Canada,
suivie de la Tanzanie, de l'Éthiopie, du Kenya, du Ghana, de l'Ouganda et
du Nigéria. »
o
Question
de distinguer des identités et réalités ethnoculturelles noires totalement
distinctes, notons que les Jamaïcains d’origine au Canada, un groupe
antillais, noir et anglophone de 211 720 personnes, est presque aussi nombreux
que les 294 705 personnes se déclarant d’origine africaine noire au Canada,
toutes ethnocultures confondues. Les personnes d’origine antillaise haïtienne
contribuent en grand nombre, 82 405, à la représentation de la francophonie
noire au Canada.
- Malgré le fait que l’immigration de
l’Afrique noire francophone s’est accrue à partir des années 80, son
nombre est relativement petit en comparaison à l’immigration issue de
l’Afrique de colonisation anglaise. Selon les données compilées à
partir du recensement 2001 de Statistique Canada, 21 075 personnes
originaires de pays de l’Afrique francophone
se sont déclarées d’origine ethnique noire.
- Encore selon les
données de Statistique Canada, les communautés noires originaires de
l’Afrique francophone viennent du Burundi, du Cameroun, du Congo (Congo-Brazzaville,
Congo-Kinshasa), de la
Guinée, de la Côte d’Ivoire, de Madagascar, du Mali, des Îles
Maurice, du Sénégal et du Togo. Les pays africains suivants, considérés
comme francophones par la francophonie internationale, ne font pas partie
des données de Statistique Canada : le Bénin, le Burkina Faso, l’Union des
Comores, le Djibouti, le Gabon, la Guinée-Bissau, la Guinée équatoriale,
le Niger, la République
centrafricaine, le Rwanda, Sao Tomé et
Principe, les Seychelles et le Tchad.
Répartition géographique
Origines africaines francophones
|
Canada
|
Terre- Neuve-et-Labrador
|
Nouvelle-Écosse
|
Nouveau- Brunswick |
Québec
|
Ontario
|
Manitoba
|
Saskatchewan
|
Alberta
|
Colombie-Britannique
|
|
Burundais
|
1 900
|
0
|
0
|
0
|
1175
|
590
|
45
|
0
|
85
|
0
|
|
Camerounais
|
2 070
|
0
|
0
|
15
|
1550
|
460
|
0
|
0
|
35
|
15
|
|
Congolais, n.d.a.
|
6 235
|
0
|
0
|
10
|
3835
|
183
|
75
|
25
|
255
|
155
|
|
Guinéen, n.d.a.
|
1 120
|
0
|
0
|
0
|
915
|
115
|
0
|
10
|
50
|
20
|
|
Ivoirien
|
1 120
|
0
|
0
|
15
|
955
|
|