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Parcours d’un missionnaire laic – Jean-François Bégin

Je suis originaire de Jonquière au Saguenay. Je suis le fils de Rémi, le père de Sébastien et de Nicolas. Et je suis missionnaire à la suite du Christ. Je m’appelle Jean-François Bégin. Je suis l’aîné d’une famille de 4 enfants. Dès l’âge de 11 ans, de grandes responsabilités familiales me furent confiées suite au décès prématuré de mon père. Cet événement tragique a profondément marqué ma vie familiale, sociale et professionnelle. Tout au long de ma vie d’adulte, les choix dans lesquels je me suis engagé ont toujours été reliés à des responsabilités qui m’ont amené à m’occuper des gens, à prendre soin de leur bien être, à rendre leur vie plus colorée et plus joyeuse.

Engagement social

À l’Université de Montréal, pour gagner mes études en éducation physique, j’animais des groupes de personnes âgées en perte d’autonomie afin de les faire bouger et les rendre plus actifs. Plus tard au milieu de mes études, j’ai vécu une expérience significative auprès de personnes lourdement handicapées physiquement s’intégrant pleinement à la société en vivant hors des milieux institutionnels. Durant 3 ans, j’étais leur préposé aux soins à domicile, et j’ai surtout développé des liens d’amitiés qui ont fait naître en moi, le désir ardent de cheminer et la passion de découvrir des gens d’horizons différents, en quête du sens à ma vie.

Mes études terminées, je décidai en 1988 de partir en Europe pour vivre une aventure avec mon sac à dos et mes rêves. J’ai fait la rencontre du Dieu vivant. Cela faisait longtemps qu’on ne s’était pas vu!!! Au retour de cette expérience formidable de 4 mois, j’ai eu le désir de découvrir le continent africain. Sans trop savoir comment, j’ai poursuivi mon chemin à la recherche de personnes pouvant m’aider dans la réalisation de mon rêve. J’ai rencontré les Missionnaires d’Afrique qui m’ont convaincu que je ne devais pas partir trop vite sans d’abord comprendre le sens profond de ce projet. Je les ai écoutés et j’ai fait le choix de vivre une démarche de discernement vocationnel comme associé laïc tout en accomplissant un certificat en missiologie à l’Université St-Paul d’Ottawa.

Mon rêve se réalise

J’ai partagé la vie en communauté, priant avec eux et partageant leur mode de vie. L’accueil et la chaleur que j’y ai trouvés, m’ont permis de vivre un temps d’arrêt. Là, je me suis ressourcé. Mon cheminement m’avait enfin amené à un puits. Que de temps j’ai passé à prier et à réfléchir sur le sens à donner à ma vie… Après ce temps de discernement, j’ai ressenti l’appel pour repartir à l’aventure avec les Missionnaires d’Afrique et réaliser mon rêve. Soudainement, je prenais conscience que 12 000 kilomètres me sépareraient bientôt de chez moi!!! Je serais en Afrique, en Ouganda pour une période ininterrompue de 3 ans. Là-bas, la réalité serait tout autre… Et ma vie ne serait plus jamais la même.

Comme plusieurs avant moi, j’ai appris à connaître les Africains à travers leur langue, leurs coutumes, la famille, la brousse, la grande ville. J’ai découvert que l’Afrique était multiple… Quand je suis arrivé à Kampala, je me suis retrouvé dans le Centre de jeunesse SHARING où j’allais vivre et travailler pour les 3 prochaines années. Peu à peu, je me suis installé et j’ai trouvé ma place dans ce projet dont la mission est de lutter contre la pauvreté et la déchéance humaine. Mon travail auprès des jeunes des bidonvilles m’apportait de grandes joies, et également des défis qui à mes yeux étaient plus grands que nature. La vie de ces jeunes me semblait misérable et sans issue.

Et à travers les sports et la vie courante de ce Centre communautaire SHARING, j’étais comme un grand frère qui devenait peu à peu un intervenant social. Je découvrais ces jeunes et je comprenais que lorsque l’on s’intéresse à un être humain démuni et sans ressource, que l’on détecte ses talents et ses dons, et qu’on le valorise en le responsabilisant, celui-ci retrouve l’espoir, le courage d’avancer et la joie de vivre. C’est une grande leçon de vie que j’ai apprise de ces jeunes des bidonvilles de Kampala, car j’ai été un témoin privilégié de l’émancipation de jeunes revenants à la vie. Je suis rempli de reconnaissance pour ces souvenirs d’Afrique gravés dans ma chair.

Entre mes engagements auprès de ces jeunes et la routine de tous les jours, j’ai connu des Missionnaires d’Afrique (pères, frères et sœurs) provenant des quatre coins du monde qui redonnaient la dignité et la confiance à des personnes; j’en ai vu travailler dans le secteur de la santé, d’autres bâtir des écoles pour les orphelins; certains vivre dans des quartiers populaires parmi les exclus… Ceux que j’ai connus sont des personnes de foi et de courage. J’ai mangé à leur table en communiant aux défis de la vie missionnaire. J’ai partagé avec plusieurs d’entre eux mes joies, mes peines, mes difficultés, et les privilèges de la vie missionnaire. Comme les disciples que Jésus avaient envoyés et qui étaient revenus tout joyeux, (Lc 10, 17), c’est en Ouganda que j’ai compris que je suis moi aussi un disciple à la suite du Christ.

Quelques semaines avant mon départ du continent africain, j’ai fait la rencontre d’une coopérante allemande qui travaillait en brousse comme infirmière. Comme elle venait en ville pour faire les emplettes, elle en profitait pour saluer un père blanc allemand avec qui je vivais en communauté. Nous avons fait connaissance et une complicité s’est installée entre nous. À ce moment-là, je n’étais pas prêt à m’engager dans une relation. J’avais besoin de me retrouver avec moi-même et avec Dieu. Après 3 ans de vie missionnaire, je voulais retourner au pays, et discerner ce que le Seigneur attendait de moi…

Ma vie missionnaire au Canada

A mon retour d’Afrique en 1993, je savais que mon expérience africaine n’allait pas s’arrêter là tout bonnement. J’avais encore trop de choses à vivre avec les Africains. Les Missionnaires d’Afrique m’ont alors proposé de travailler avec eux dans leur programme d’animation missionnaire dans les écoles et les universités. Et je me suis aussi intégré progressivement à l’équipe intercommunautaire de formation missionnaire, le PIFM. Entretemps, j’ai entamé une correspondance soutenue avec la belle allemande que j’avais rencontrée en Afrique… On s’est marié en 1994 en Allemagne avec Hans Pfeifer avec qui j’avais vécu en Ouganda 3 ans…

Pendant mes années comme formateur et animateur, j’ai rencontré plein de jeunes s’intéressant à l’Afrique et à ses réalités. Avec des missionnaires de diverses communautés religieuses, nous avons rassemblé des étudiants et des jeunes travailleurs et nous avons partagé avec eux leurs rêves d’Afrique et d’aventure. Certains se sont engagés pour suivre une formation dans le but de vivre une démarche de discernement. Quelques uns sont partis en mission. Ces moments furent des temps de grâce dans ma vie. Je me revoyais souvent avec mes rêves et mes aspirations avant de partir pour l’Ouganda…

Au Centre Afrika

Plus tard, on m’a proposé de travailler au Centre Afrika fondé par les Missionnaires d’Afrique en 1988. Avec la présence de plus en plus nombreuse d’Africains au Canada, les Pères blancs ont pris conscience des difficultés que constituaient l’intégration et l’insertion sociale de ces nouveaux arrivants en terre étrangère. Ce Centre est devenu au gré du temps en quelque sorte une « maison » pour les Africains de Montréal et pour toute personne s’intéressant au monde africain.

Qu’ils soient réfugiés, futurs entrepreneurs, intervenants de différents réseaux, jeunes impliqués dans la solidarité internationale, chrétiens engagés, plusieurs viennent au Centre pour être accompagnés et orientés vers les ressources correspondant à leurs besoins et à leurs aspirations. De nombreux groupes viennent ici pour se réunir (des petites communautés chrétiennes, des groupes culturels, des artistes, des associations, des regroupements, etc.). Ce qui est intéressant pour tout ce beau monde, c’est que leur présence au Centre nous permet de découvrir ce qui se vit dans les communautés africaines et de mieux connaître ceux et celles qui s’y engagent. De cette façon, nous sommes en mesure de travailler à leur ouvrir des portes dans différents secteurs d’activité de la vie montréalaise et québécoise.

Au fil des années, avec les expériences vécues, les projets et les animations que nous avons accomplis tant au Centre que dans les écoles et sur la place publique, j’ai compris que ma tâche missionnaire était d’accueillir inconditionnellement ceux et celles qui viennent vers nous pour diverses raisons, et de les accompagner avec un regard attentif. Derrière l’écoute des besoins des personnes, se cache toujours la recherche légitime et bien réelle de trouver sa place dans la société. Quelque soit leur rêve et leur désir, mon souhait a toujours été de mettre en lumière ce qu’ils ont de beaux en eux; leurs talents, leurs dons, leurs expériences vécues.

Aujourd’hui avec mon cheminement de vie et tout ce que j’ai appris des immigrants et des réfugiés, des jeunes des bidonvilles en Afrique, des personnes handicapées, des personnes âgées en perte d’autonomie, j’ai acquis la certitude que tous ces êtres humains, quels qu’ils soient, regorgent de vitalité et de dynamisme. Pour les aider à relever les défis qu’ils rencontrent, pour être en mesure de contribuer à leur bien être, pour qu’ils retrouvent leur dignité dans l’ordre naturel des choses, il ne suffit que de s’intéresser à ce qu’ils sont en mettant en pratique les plus belles vertus qui soient : la valorisation et la reconnaissance.

Je ne saurais comment exprimer à Dieu toute ma gratitude d’avoir mis tout au long de mon chemin, des personnes signifiantes. Les Missionnaires d’Afrique en font partie. Je me rappelle mes premières rencontres en 1989 avec ces pères alors que je vivais une quête profonde de sens à la vie… Et dire que je ne voulais partir que pour quelques mois. Voilà que plus de 30 ans sont passées et je me sens privilégié d’avoir été au cœur du monde africain et de ma vie missionnaire avec la grande famille de Lavigerie. Aujourd’hui, je me sens appelé à un temps d’arrêt et de ressourcement pour me remettre à l’écoute de Dieu, à la suite de Jésus qui m’invitera certainement à reprendre la route avec lui vers d’autres horizons.

Jean-François Bégin

Lettre aux amis No 48, mars 2020

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