Analyse de l'Ontario Council of Agencies Serving Immigrants (OCASI) de l'étude de Statistique Canada sur l'emploi des nouveaux immigrants au Canada

Source: TCRI

 

Le 13 février, Statistique Canada a publié l’étude « Les immigrants sur le marché du travail canadien en 2006 : analyse selon la région ou le pays de naissance ». Utilisant les données de l’Enquête sur la population active de 2006, l’étude a voulu répondre à la question : « comment les immigrants de régions de naissance ou de pays de naissance bien précis se tiraient-ils d’affaire sur le marché du travail canadien en 2006? » Elle se penche sur la situation des immigrants dans le marché du travail sous trois rubriques : les taux de chômage, d’emploi et de participation. Statistique Canada aborde ces taux tels qu’ils affectent les immigrants « très récents » (ceux étant arrivés au cours des derniers 5 ans), « récents » (ceux arrivés il y a entre 5 et 10 ans) et les immigrants « de longue date » (ceux arrivés il y a plus de 10 ans). Ces taux sont comparés au taux de la population née au Canada.

Les données du marché du travail relativement aux immigrants s’étant établis en Ontario montrent que, alors que le taux de chômage de la population née au Canada est de 4.4%, le taux pour les immigrants très récents est de 11%. Parmi ces derniers, les immigrants nés en Afrique ont un taux de chômage de 19.7% (ceux de l’Afrique de l’Est sont au chômage à 24.6%), pendant que ceux provenant de l’Asie Centrale, de l’Ouest et du Moyen-Orient ont un taux de chômage de 15.7%.

À l’échelle du Canada, l’étude a trouvé que les immigrants nés en Asie du Sud-est, et plus particulièrement les immigrants des Philippines, ont des taux de chômage et d’emploi très semblables à ceux de la population née au Canada. Pour leur part, les immigrants nés en Afrique « éprouvaient des difficultés, peu importe la période à laquelle ils étaient arrivés au Canada. Selon les estimations, le groupe des immigrants très récents nés en Afrique (70 000) avait un taux de chômage de 20,8 %, ce qui représente un taux quatre fois supérieur à celui affiché par leurs homologues nés au Canada. »

Le rapport indique que, en général, les hommes immigrants « étaient plus susceptibles d'être actifs sur le marché canadien du travail que ne l'étaient leurs homologues de sexe féminin. » En outre, « pour 2006, l'étude a révélé des disparités plus importantes entre les immigrantes et les femmes nées au Canada. On observait un taux de chômage élevé pour presque tous les groupes d'immigrantes, peu importe leur région de naissance et leur période d'établissement au Canada. » Les femmes immigrantes très récentes en provenance de l’Afrique, de l’Asie du Sud et de de l’Asie Centrale, de l’Ouest et du Moyen-Orient ont le plus haut taux de chômage.

L’étude signale également que les jeunes (d’entre 15 et 24 ans) nés au Canada ont un taux de chômage de 11.2%. Les jeunes immigrants très récents ont un taux de chômage de 17.2%. Parmi ces derniers, ceux provenant de l’Afrique sont au chômage à 26.8%; ceux provenant de l’Amérique latine et des Caraïbes, à 21.7% et ceux d’Asie, à 14%. Le rapport indique que le taux de jeunes aux études est plus haut chez les immigrants que chez la population née au Canada.

Les données utilisées par l’étude n’ont pas permis d’effectuer de comparaisons concernant les taux de chômage affectant les immigrants très récents de 55 ans ou plus. Cela dit, le taux d’emploi moyen des immigrants très récents, récents et de longue date ayant 55 ans ou plus est grosso modo semblable à celui de la population née au Canada ayant 55 ans ou plus. Il y a cependant des variations entre les immigrants de 55 ans ou plus provenant des différentes régions et sous-régions.

Du point de vue du secteur des services aux immigrants, l’analyse par « région », sous-région et pays de naissance peut s’avérer fort utile, en ce qu’elle permet de faire des distinctions au-delà des généralisations liées à des unités géographiques immenses tels les continents. Dans le combat à la pauvreté et pour des meilleurs résultats en matière d’établissement des immigrants, c’est aussi très utile de pouvoir regarder les différences liées au genre (rapports entre les sexes) et à l’âge. OCASI espère que, dans l’avenir, Statistique Canada sera en mesure d’utiliser des données faisant état des différences raciales, religieuses et en lien avec la langue officielle d’établissement. L’impact de l’Islamophobie sur l’expérience du marché du travail chez les immigrants musulmans ne se laisse pas dégager facilement de cette étude. Si on pouvait se pencher sur des considérations raciales, religieuses et liées à la langue officielle d’établissement, il serait plus aisé de comprendre les taux de chômage semblables qui affectent les immigrants de l’Afrique du Nord et ceux de l’Afrique de l’Est ou d’autres régions de l’Afrique, par exemple.

OCASI estime que la discrimination raciale dans les processus d’embauche, ainsi que le racisme systémique, devraient être pris en considération dans le cadre des facteurs associés à la situation des immigrants sur le marché du travail canadien. Ils devraient se trouver à côté des facteurs que Statistique Canada prend déjà en considération, telle la reconnaissance des titres de compétence étrangers, les barrières et difficultés liées à la langue, etc. Il va sans dire que la discrimination raciale et le racisme systémique affectent aussi les variations dans l’expérience du marché du travail faite par la population née au Canada, alors que cela n’est pas évident lorsqu’on regarde le taux moyen d’emploi et de chômage de la population active née au Canada.

L’étude reconnaît que les taux de chômage, d’emploi et de participation ne sont qu’une partie du concept de participation au marché au travail. D’autres aspects de ce dernier concept qui ne sont pas abordés dans l’étude incluent : un emploi correspondant aux diplômes obtenus, aux compétences qu’on a, à l’expérience acquise; le niveau de salaire (relativement aussi aux facteurs mentionnés); les conditions de travail; les enjeux liés à l’avancement dans sa carrière, etc. L’utilisation de catégories telles qu’« emploi » ou « chômage » doit aussi être examinée étant donné la situation actuelle du marché du travail, où le sous-emploi et les formes précaires d’emploi prolifèrent. La préoccupation est que ces dernières catégories puissent encore être considérées comme de l’emploi à des effets de statistiques officielles. Statistique Canada a annoncé qu’un rapport à venir (automne 2008) se penchera sur la qualité de l’emploi des immigrants au Canada. De plus, au printemps 2008, Statistique Canada publiera une étude qui analysera la relation entre la région où un immigrant au reçu son diplôme d’éducation postsecondaire et ses résultats dans le marché du travail au Canada.

Pour le communiqué de presse de Statistique Canada : http://www.statcan.ca/francais/freepub/71-606-XIF/71-606-XIF2008002.htm (il se trouve aussi collé plus bas dans ce message), et pour le rapport au complet : http://www.statcan.ca/francais/freepub/71-606-XIF/71-606-XIF2008002.pdf 

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Roberto Jovel

Policy and Research Coordinator - Coordonnateur aux politiques et à la recherche

Ontario Council of Agencies Serving Immigrants

110 Eglinton Avenue West, suite 200

Toronto Ontario M4R 13A

416-322-4950 extension/poste 234

www.ocasi.org

www.settlement.org / www.etablissement.org 

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Sommaire

L'étude permet d'évaluer la situation de trois catégories d'immigrants sur le marché du travail au Canada : les immigrants très récents (arrivés entre 2001 et 2006), les immigrants récents (arrivés entre 1996 et 2001) et les immigrants de longue date (établis au pays depuis plus de 10 ans).

Cette étude révèle que les immigrants nés en Asie du Sud-Est, et notamment ceux nés aux Philippines, obtenaient les meilleurs résultats sur le marché du travail en 2006 parmi tous les immigrants au Canada, peu importe leur période d'établissement au pays.

Toujours selon l'étude, de nombreux immigrants très récents du principal groupe d'âge actif (de 25 à 54 ans), peu importe leur pays de naissance, éprouvaient en 2006 plus de difficultés sur le marché du travail canadien que les personnes nées au Canada. 

Parmi les immigrants très récents, seuls ceux nés en Asie du Sud-Est avaient des taux de chômage, d'emploi et d'activité s'apparentant à ceux de la population née au Canada appartenant au principal groupe d'âge actif. 

Les immigrants nés ailleurs en Asie (y compris au Moyen-Orient) et ceux nés en Amérique latine, en Europe et en Afrique affichaient, en 2006, des taux de chômage supérieurs et des taux d'emploi inférieurs à ceux de leurs homologues nés au Canada. 

Les immigrants en âge de travailler nés en Europe avaient, en 2006, une situation sur le marché du travail semblable à celle de la population née au Canada, mais ce constat tient surtout pour les immigrants récents et de longue date. 

Les immigrants nés en Afrique éprouvaient des difficultés sur le marché du travail, peu importe leur période d'établissement. En 2006, le taux de chômage des quelque 70 000 immigrants très récents nés en Afrique s'élevait à 20,8 %, soit plus de quatre fois le taux de la population née au Canada.

Les pays de naissance des immigrants établis au Canada ont changé au cours des dernières années. On observe à ce chapitre un glissement, particulièrement manifeste au milieu des années 1980, des pays d'Europe au profit des pays d'Asie.

Les personnes nées en Asie formaient le principal groupe d'immigrants établis au Canada
Les immigrants nés en Europe
Les immigrants nés en Amérique latine
Les immigrants nés en Afrique
Les hommes immigrants étaient plus susceptibles de travailler que ne l'étaient les femmes immigrantes
Les jeunes immigrants très récents avaient des taux de chômage élevés
La plupart des immigrants plus âgés sont nés en Europe et en Asie
Provinces : la grande majorité des immigrants s'établissaient en Ontario, en Colombie-Britannique et au Québec

Les personnes nées en Asie formaient le principal groupe d'immigrants établis au Canada 

En 2006, les immigrants nés en Asie (y compris ceux nés au Moyen-Orient) formaient le groupe le plus important d'immigrants établis au Canada, peu importe la période d'établissement. Bon nombre de ceux-ci sont nés dans la République populaire de Chine, à Hong Kong, en Inde, au Vietnam, aux Philippines, en Iran ou au Pakistan. 

Dans l'ensemble, les immigrants nés en Asie âgés de 25 à 54 ans avaient un taux d'emploi nettement inférieur à celui de la population née au Canada, et cet écart était particulièrement marqué chez les immigrants très récents. Le taux d'emploi de ces derniers s'établissait à 63,8 % seulement, contre 83,1 % pour la population née au pays.

Cependant, pour les trois périodes d'établissement visées par l'étude, les immigrants de ce groupe d'âge nés en Asie du Sud-Est obtenaient sur le marché du travail des résultats comparables ou supérieurs à ceux de la population née au Canada. Et parmi ces immigrants, les hommes et les femmes nés aux Philippines obtiennent des résultats particulièrement notoires. En fait, le taux de chômage des immigrants très récents natifs des Philippines s'établissait à 5,4 %, soit un taux juste un peu plus élevé que celui de la population née au Canada (4,9 %).

Les immigrants nés en Europe

Bien que leur proportion diminue au sein de la population immigrante âgée de 25 à 54 ans, les immigrants nés en Europe formaient toujours, en 2006, le deuxième groupe en importance de l'ensemble des immigrants. Bon nombre d'entre eux viennent du Royaume-Uni, de l'Italie, de la Pologne, du Portugal et de la Roumanie.

À l'instar des immigrants de la plupart des régions, les immigrants très récents nés en Europe avaient un taux de chômage supérieur à celui de la population née au Canada, soit 8,4 % contre un taux moyen de 4,9 % pour la population née au pays.

Les immigrants de longue date natifs de l'Europe affichaient, en 2006, un taux d'emploi de 83,9 %, soit légèrement supérieur à celui de la population née au Canada. Ce groupe représentait 33 % de l'ensemble des immigrants de longue date âgés de 25 à 54 ans. De plus, le taux de chômage des immigrants de longue date originaires du Royaume-Uni et du Portugal était nettement inférieur à celui de leurs homologues nés au Canada.

Les immigrants nés en Amérique latine

Comme les immigrants de presque toutes les autres régions, les immigrants très récents nés en Amérique latine et faisant partie du principal groupe d'âge actif avaient, en 2006, un taux de chômage supérieur à celui de la population née au Canada et un taux d'emploi inférieur. Plus précisément, leur taux de chômage était 2,1 fois plus élevé que celui de leurs homologues nés au Canada. Les immigrants récents et les immigrants de longue date affichaient des taux de chômage et d'emploi qui se rapprochaient beaucoup de ceux de la population née au Canada.

Les immigrants nés en Afrique

Peu importe leur date d'établissement, les immigrants du principal groupe d'âge actif nés en Afrique avaient un taux de chômage supérieur, et un taux d'emploi inférieur, comparativement à la population née au Canada et aux immigrants nés dans d'autres régions.

Par exemple, les 70 000 immigrants (chiffre estimé) très récents nés en Afrique affichaient un taux de chômage plus de quatre fois supérieur à celui de la population née au Canada. Ils avaient également un taux d'emploi plus faible. La situation n'était guère plus reluisante lorsqu'on examinait les diverses régions du continent africain; les immigrants nés en Afrique de l'Est, comme ceux natifs de l'Afrique du Nord, avaient un taux de chômage plus de quatre fois supérieur à celui de leurs pairs nés au Canada.

Les hommes immigrants étaient plus susceptibles de travailler que ne l'étaient les femmes immigrantes

En général, les hommes immigrants du principal groupe d'âge actif étaient plus susceptibles d'être actifs sur le marché canadien du travail que ne l'étaient leurs homologues de sexe féminin.

Plus précisément, les hommes de 25 à 54 ans nés en Europe avaient sur le marché du travail une situation semblable ou supérieure à celle des hommes nés au pays, peu importe leur période d'établissement. Les hommes immigrants de longue date natifs de l'Europe obtenaient de meilleurs résultats sur le marché du travail que leurs homologues nés au Canada.

Pour 2006, l'étude a révélé des disparités plus importantes entre les immigrantes et les femmes nées au Canada. On observait un taux de chômage élevé pour presque tous les groupes d'immigrantes, peu importe leur région de naissance et leur période d'établissement au Canada.

Ce constat est particulièrement notable chez les immigrantes très récentes, celles-ci affichant en 2006 un taux de chômage 2,8 fois plus élevé que celui des femmes nées au Canada ainsi que des taux d'activité et d'emploi significativement plus faibles.

Les jeunes immigrants très récents avaient des taux de chômage élevés

Les jeunes immigrants très récents, âgés de 15 à 24 ans, avaient en 2006 des taux de chômage supérieurs à ceux de leurs homologues nés au Canada et des taux d'emploi inférieurs, peu importe leur région de naissance. Ils présentaient, en revanche, des taux de fréquentation scolaire plus élevés que ceux des jeunes nés au pays.

Les jeunes immigrants récents et de longue date nés en Europe étaient aussi susceptibles que les jeunes nés au Canada d'occuper un emploi ou d'être en chômage.

La plupart des immigrants plus âgés sont nés en Europe et en Asie

L'étude s'est aussi penchée sur la situation des travailleurs âgés. En 2006, le Canada comptait quelque 2,1 millions d'immigrants âgés de 55 ans et plus, et la grande majorité de ceux-ci (93 %) étaient des immigrants de longue date. En fait, la plupart d'entre eux se sont établis au Canada avant 1986. La majeure partie de ces immigrants plus âgés sont natifs de deux régions : l'Europe (59 %) et l'Asie (25 %).

Parmi cette population plus âgée, les immigrants de longue date nés en Asie étaient, en 2006, beaucoup plus susceptibles d'être en chômage que leurs homologues nés au Canada. Toutefois, globalement, les immigrants de longue date plus âgés, peu importe leur région de naissance, avaient en 2006 un taux de chômage comparable ou inférieur à celui de la population née au Canada.

Provinces : la grande majorité des immigrants s'établissaient en Ontario, en Colombie-Britannique et au Québec

Puisque la grande majorité des immigrants s'établissaient en Ontario, en Colombie-Britannique et au Québec, l'analyse s'est concentrée sur ces provinces.

En Ontario, les immigrants âgés de 25 à 54 ans nés en Asie et en Afrique, peu importe la période d'établissement, avaient des taux de chômage supérieurs à ceux de la population née au pays et des taux d'emploi inférieurs. Les immigrants récents et de longue date nés en Europe et en Amérique latine obtenaient, sur le marché du travail, des résultats comparables à ceux des Ontariens nés au pays.

En Colombie-Britannique, les immigrants récents et de longue date natifs de l'Asie et de l'Europe jouissaient, en 2006, d'une situation sur le marché du travail comparable à celle de la population de la province née au pays.
 
Au Québec, les immigrants récents et très récents nés en Amérique latine, en Asie et en Afrique affichaient, en 2006, des taux de chômage de deux à quatre fois plus élevés que ceux des Québécois nés au Canada. Les immigrants récents et de longue date nés en Europe présentaient des taux de chômage s'apparentant à ceux de leurs homologues nés au pays.