Séminaire 2008 de l’Observatoire international sur le racisme et les discriminations

Médias et processus de racisation : quelles approches pour quelles actions?

Le jeudi 12 juin 2008, salle D-R200, Pavillon Athanase-David, UQAM

9h30 à 16h30

Ce séminaire sera consacré à une réflexion théorique et méthodologique sur les rapports entre médias et minorités issues de l’immigration au Québec (et dans les sociétés occidentales en général).

L’approche des « cultural studies » fournit des outils pour discerner comment des conceptions, apparemment neutres de l’« autre », reproduisent des inégalités notamment par l’intériorisation de ces conceptions à la fois par les groupes dominants et les groupes dominés. Selon les théoriciens de cette approche, la réalité n’est jamais expérimentée directement : elle est toujours médiatisée par des catégories proposées par la société. En ce sens, les moyens de communication de masse constituent un processus primaire de production et de reproduction des inégalités dans la société. Celles-ci sont alors présentées comme relevant de l’ordre normal des choses. Les médias semblent donc refléter la réalité alors qu’en fait, elles participent à sa construction. Cependant, les médias ne tendent pas seulement à reproduire les interprétations qui servent les intérêts du groupe majoritaire, ils sont aussi un champ de bataille idéologique. Si nous prenons le cas de la presse écrite, un lecteur peut, selon Hall, adopter une des trois postures suivantes selon sa situation sociale :

-         faire une lecture conforme au code proposé et accepter l’interprétation suggérée;

-         négocier le code proposé afin de le rendre plus conforme à sa situation;

-         adopter carrément un code opposé quand sa condition sociale le met en conflit avec le code proposé.

De plus, les critères de fonctionnement des médias dans le marché et la tendance au sensationnalisme ont un impact réel, bien que parfois non intentionnel, sur les minorités.

Cette problématique est encore plus complexe au Québec où le groupe majoritaire se perçoit comme minoritaire dans l’ensemble canadien, et où des groupes minoritaires au Québec, peuvent s’allier au groupe majoritaire dans l’ensemble canadien.

Lors de ce séminaire, deux panels lanceront la discussion autour des deux grandes séries de questions théoriques et méthodologiques sur la traduction des rapports de pouvoir dans les représentations médiatiques :

-         Comment concevoir les rapports complexes entre médias et minorités?

-         Avec quels outils conceptuels peut-on les observer dans la presse écrite? Quels mécanismes doit-on mettre en place pour assurer l’analyse du traitement médiatique des questions de racisme et de discriminations, dans l’optique d’un éventuel bilan annuel?

Les panélistes 

- Rachad Antonius; Département de sociologie, UQAM. M. Antonius est directeur adjoint du Centre de recherche sur l’immigration, l’ethnicité et la citoyenneté (CRIEC).

- Monica Kin Gagnon; Département des communications, Université Concordia. Ses travaux portent principalement sur les intersections entre l’appartenance à un groupe racisé, l’ethnicité et les représentations médiatiques.

- Robert Maltais; Faculté de l’éducation permanente, Université de Montréal. Spécialiste en éthique, il œuvre dans le domaine de l’information depuis plus de 25 ans, dont 16 ans travaillés à Radio-Canada. Il a été secrétaire général du Conseil de presse du Québec pendant huit ans.

- Greg Nielsen; Département de sociologie et d’anthropologie, Université Concordia. Directeur du Centre Concordia d’étude sur la radiodiffusion. Ses travaux portent notamment sur la représentation de la pauvreté et de l’immigration dans les médias urbains.


- Isabelle Gusse; Département de science politique, UQAM. Spécialiste en communication politique, elle a notamment dirigé Diversité et indépendance des médias (2006), un ouvrage proposant une réflexion à la fois théorique et pratique sur les rapports entre médias et démocratie

- Jeff Heinrich; The Gazette. M. Heinrich est spécialiste de la couverture de la diversité ethnoculturelle montréalaise et québécoise et co-auteur (avec Valérie Dufour) de Circus quebecus. Sous le chapiteau de la commission Bouchard-Taylor (2008).